Naître Jean-Luc Petit...  Devenir écrivain malgré les mauvaises cartes en main...
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Ecrire... un peu raconter sa vie
la mort



Ce soir là, je compris la mort : *un jour la personne ne décide plus du lieu où elle va séjourner, Dieu l'appelle et un entourage essaie de la conserver. Celui qui la souhaite le plus, gagne. Ainsi nous serions immortels si tous le désiraient.

Est-ce la mort, monsieur le curé, la mélancolie ou l'inné, toujours est-il que je ne peux imaginer la vie qu'entouré de Noir.
Le noir où je me cache, m'attache ou flashe.
De la tête, le chapeau, aux pieds, les mocassins, le noir, mon ivoire...

Le noir, rimé avec espoir ou manoir en référence aux projets ajournés.
Le noir, comme Dixmude, nous entraînant, au galop, à l'orée de la passion.

Qui suivait ? Lui ou moi ? Union célébrée dès les premières années, cette chemise tant demandée et toujours bleu marine...

Nos voitures Noires. Immatriculé dans le Pas-de-Calais notre berceau d'Amour, connu de tous, disparaissant quand la presse me consacrait un article.

N'en déplaise à Clémenceau, le noir est une couleur et aurait, mieux que nul autre, recouvert Monet aux portes de l'éternité.

Un passage de mésanges sauvages déposa, le jour même, une chose petite et ridicule qu'on nommerait ma soeur.
Après le retour de l'école, père me prit à l'écart, me coinçant les épaules de ses gros bras, l'air grave, il énonça doucement, tout en me fixant :
Fils, tu as maintenant neuf ans, tu peux comprendre ces choses là, sur terre il existe trois sortes de gens, les hommes, les fils et les femelles. Les fils un jour deviennent des hommes, c'est pour cela qu'il faut en prendre soin. Les femelles sont comm
E des chiennes mais savent faire la cuisine alors on les nourrit, mais elles doivent obéir. Alors si une t'embête il faut la frapper
.
Je ne comprenais pas mais hochais la tête en signe d'approbation. Ses propos s'opposaient à ceux de monsieur le curé, ou le sujet différait et la jeunesse m'interdisait l'entendement.
Le lendemain, je mis en pratique ces conseils et devins l'ennemi de tout ce qui ne portait pas un pantalon. Succulent agrément de tirer les cheveux longs. Des cheveux longs, ça me faisait rire, je voyais toujours une queue de cheval.
La misogynie dont on m'affubla daterait-elle de cette période ?
J'aimais ma mère et ne pouvais croire à son appartenance à la gent canine. Afin de vérifier, je proposaiss le soir même ma récitation à Mickette. Mon père mentait, je me méfierai dès à présent de lui.

Les voisins défilent observer le petit monstre, trois kilos et demi, ça f'ra une bonne travailleuse. Qu'avaient-ils à n'avoir d'yeux que pour elle, s'émerveiller devant la moindre grimace, s'inquiéter au premier toussotement...
On m'oubliait... tant mieux.
Tranquillité.
Dès cette période, le reproche d'évasion s'accentua, ailleurs, dans la lune, ailleurs, rêveur.
Le silence éveille les soupçons, signe de différence, offense. La beauté des sons absents, peuvent-ils la comprendre, émerveillés qu'ils se croient derrière leur téléviseur.
Ne plus rien dire, la sagesse, ils préféreront toujours les bavardages, les gloussements, les jacasseries.
Les pintades de la porcherie étouffent la douceur du chaton.
Grâce à monsieur le curé, je continuais à consulter des livres, mais lui qui m'obligeait à prononcer toujours la vérité, m'ordonna de ne pas en parler. Ainsi, on pouvait très bien ne pas prononcer la vérité sans commettre un péché. Dès lors mes confesse
S et actes de contrition s'en trouveraient réduits.
Est-ce de cette découverte que date le mutisme dans lequel je m'isolais ?
Le monde des adultes m'apparaissant compliqué et incompréhensible, j'intériorisais mes limites et rêvais de grandir, être un vrai homme, intelligent et fort.
Arguant de cette attente, je gardais espoir et acceptais les années, mes bonnes notes illuminant le quotidien des femmes de la maison. Père prétendait qu'il me fallait rapidement grandir afin de l'aider.

Les jours ressemblaient-ils aux jours ou quelques détails les distinguaient-ils ? Aucun drame apparent, ni bonheur me permettent d'affirmer mon appartenance au monde durant cette période.

La monotonie anticipe et justifie la mort, l'extraordinaire, ce terme fanfaronnant prononcé par les éternels frustrés afin de qualifier la passion, m'est nécessaire.

Avec la fête au village, célébrant le retour du général, j'acquis le droit d'oeuvrer aux champs. Le certificat d'études en poche, nonobstant la demande de monsieur l'instituteur souhaitant me transformer en bachelier, l'âge bête s'arrêtait.
- Un intellectuel dans la famille, il ne manquerait plus que ça... on a toujours travaillé la terre et on ne s'en porte pas plus mal.
Quel soulagement, je devenais un homme et ne connaîtrai donc pas Arras, sa grande école, les barreaux aux fenêtres et l'interdiction de sortir un mois durant.
Je franchissais une étape, un monde mourait, découvrant un autre.
Courir au travers les pâtures, m'allonger sur la paille fraîche, aller à la maraude, promener Mickette et chanter.
La liberté ?

Cette obsession à stratifier la vie, avec ses chemins obligatoires et attitudes incompatibles dépassé un certain âge, m'horripile.
Dictature insidieuse visant à former les stéréotypes desquels jamais ne jaillira l'acte excentrique du refus.
Plus ils se ressembleront, plus ils combattront avec énergie les chimères instituées en raisons de vivre, plus leurs aspérités se gommeront par la honte qu'elles entraînent, mieux les humains seront dirigeables.
Dirigeable : *ballon gonflable...

Enfermons les artistes, ces attardés qui persistent à se comporter en éternels enfants, se moquent de l'argent, des principes démocratiques...
Comment osent-ils fustiger les bons français moyens sans lesquels la patrie court à l'agonie !
Comment osent-ils blasphémer les détenteurs du capital, honneur de notre pays !
Comment osent-ils nous critiquer, quand la sauvegarde des valeurs républicaines, nécessite le secret d'état !




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