Naître Jean-Luc Petit...  Devenir écrivain malgré les mauvaises cartes en main...
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Ecrire... un peu raconter sa vie
show biz attitude : *théâtre sur univers de la chanson en France




Comédie contemporaine en trois actes


Huit femmes, deux hommes
(réductible en sept femmes, un homme)


Sujet : *sept femmes ont gagné un concours leur permettant de passer 24 heures avec leur idole, le chanteur Alex K.
Secrétaire de l’association organisatrice, Odette, un peu gaffeuse même à jeun, les accueille.
Arrivées programmées à la file indienne. Mais l’idole est en retard...

Décor : *une salle de réception (une table longue ornée de fleurs, un bureau, des chaises, un canapé garni de coussins, trois portes, deux fenêtres dont l’une près de la porte d’entrée, une guitare suspendue au mur, au-dessus du canapé).

Personnages :

Odette : *hôtesse d’accueil, la quarantaine.

Les lauréates (25 à 35 ans) par ordre d’arrivée programmé :
Aurélie, Brigitte, Cécile, Delphine, Emilie, Françoise, Gwenaelle (très belles, vêtues avec goût, arriveront avec un petit bagage).

Alex K : *chanteur moustachu et vieillissant, la soixantaine.

Un fan : *la quarantaine.





Acte 1





Odette seule dans la salle de réception. Elle marche de long en large, tout en regardant sa montre, inquiète.

Odette, en arpentant la scène : *- Je ne marche pas par nécessité. Mais ça me calme ! Calme-toi Odette, puisque tu marches ! Tu fais tout ce qu’il faut pour recouvrer ton calme légendaire. Respire ! (elle respire profondément) Oui, avec le ventre, c’est bien...

Elle continue en silence à marcher, inspirer et expirer profondément.

Odette : *- La première va arriver... Elle va arriver, j’en suis certaine... Tout va encore foirer et ça va retomber sur qui ? Sur ma tronche comme d’habitude... Je ne me suis quand même pas trompée de jour ? (elle prend une chemise sur le bureau, l’ouvre...) Ce serait une belle histoire à raconter ! (elle sourit) Odette panique mais elle s’était trompée de jour !... Non, c’est bien aujourd’hui...
L’arnaqueur de fleuriste a livré ce matin, donc c’est bien aujourd’hui !... Et la première va arriver. (silence) Mais qu’est-ce qu’il veut se prouver ! Il a tout : *l’argent, la gloire, sept résidences secondaires, deux Porsche, une Ferrari, un 4x4, des vignes, des autruches, des bisons, des enfants. Comme elles sont belles ses filles ! Pauvres petites filles riches, va ! Comme ça doit être invivable, fille de star !... Pratique, génial, inespéré. Mais invivable après 17 ans !...
Le fou ! Tout ça à cause de quelques rides ! Qu’est-ce qu’il croyait ! Un jour même la chirurgie esthétique ne peut plus rien ! Et de l’autre, qui s’amuse, avec ses parodies. Quel impertinent ! Mais comme c’est drôle ! (elle éclate de rire) Après tout, je m’en fous si tout foire. Pierre qui roule n’amasse pas mousse ! (elle lance la chemise sur le bureau ; peu importe si elle atteint sa cible) Odette philosophe, parfaitement (elle se vautre dans le canapé) Si j’étais star, je crois que, moi aussi j’aurais des caprices de star. (de sa main droite elle mime un éventail) Mais pas sept !

On Sonne.
Odette : *- Oh peuchère ! Enfin ! Il a fini de se maquiller ! Oh ! Les lumières !...

Elle se lève, se précipite sur les interrupteurs – après quelques essais transforme la pièce, qui devient très intimiste – et fonce vers la porte, s’arrête, souffle, ouvre, s’apprête à sauter au cou de son idole... (même si elle est salariée de « l’association », elle reste fan) C’est Aurélie... Odette s’arrête net.

Aurélie, un petit sac en main, surprise : *- Je suis la première ? Je suis un peu en avance ?
Odette, se reprenant : *- Entrez, entrez, Aurélie.
Aurélie : *- Comme vous connaissez mon prénom, j’en déduis que je ne me suis pas trompée d’adresse (elle observe le décor, qu’elle doit juger très... intimiste).
Odette : *- Entrez, entrez, Aurélie. Alex devrait être là, il a... un léger retard.
Aurélie : *- Ah, je comprends, c’est lui que vous vous apprêtiez à accueillir d’une manière aussi fougueuse !
Odette : *- Mais non, mais non... J’ai glissé.
Aurélie, en souriant : *- Et je suis la première ?
Odette : *- Naturellement... Je veux dire, vous pouvez le constater.

Odette referme la porte.

Aurélie : *- Oh ! La première guitare !
Odette : *- C’est même pas vrai... (se reprenant) Oui, la première guitare d’Alex (comme si elle récitait) sur laquelle, seul dans son jardin, il a composé ses premiers succès.
Aurélie : *- Oh ! Comme c’est touchant de la voir en vrai.
Odette : *- Je vais le rappeler... (elle sort son portable d’une poche et appelle ; à Aurélie :) C’est toujours son répondeur. C’est son répondeur depuis une heure. Je l’ai bien déjà appelé dix fois (elle range son portable).
Aurélie : *- J’espère qu’il ne lui est rien arrivé de grave ! Ce serait trop bête ! J’ai tellement rêvé de cet instant ! Rencontrer Alex ! Pouvoir lui parler comme je vous parle...
Odette : *- Parler, parler, ce n’est pas son fort, à l’Alex !
Aurélie : *- Pourtant, à la télé, il a l’air toujours tellement à l’aise, et si calme, si souriant...
Odette : *- Avec un prompteur, tout le monde serait comme lui ! (face au regard interloqué d’Aurélie, Odette réalise qu’elle s’exprime devant une lauréate) Mais non ! Je plaisante ! Nous sommes dans le sud-ouest ici, nous avons la galéjade facile.
Aurélie : *- Je croyais que la galéjade, c’était à Marseille.
Odette : *- Je voulais dire la gasconnade.
Aurélie : *- Gasconnade, Gascogne, Gascon, c’est donc vrai : *le caractère des Gascons était très haut en couleur ? C’était bien au temps de la langue d’Oc ? Après l’empire romain ?
Odette : *- Je suis là pour vous accueillir. L’office de tourisme c’est à côté... Je vous l’ai dit, la Garonne nous irrigue, donc nous avons la plaisanterie facile. Comme vous êtes de Paris, vous ne comprendrez pas toujours !
Aurélie : *- Je suis de Châteauroux.
Odette : *- Je le sais parfaitement, 28 ter rue Romanette Boutou. Mais pour nous, au-dessus de Brive, c’est le pôle Nord.
Aurélie : *- C’est une gasconnade !
Odette : *- Vous comprenez vite... J’allais ajouter pour une parisienne ! Je vous bouscule un peu, c’est juste pour noyer mon anxiété ! Je noie mon anxiété dans la Garonne ! Je vous l’avoue sans chinois, sans chichis même : *je ne comprends pas pourquoi Alex n’est pas à ma place et moi derrière la caméra.
Aurélie : *- La caméra ?
Odette : *- Euh... Oui pour vous offrir la cassette de votre rencontre.
Aurélie : *- Ah ! Quelle délicatesse !... Comme c’est touchant. Et vous travaillez depuis longtemps avec Alex ?... Je me permets de dire Alex, parce que sur son courrier si poétique, il notait : *« Appelez-moi Alex quand nous aurons la chance d’enfin croiser nos regards. »
Odette : *- C’est plus intime. Alex avec un A comme Amour ! C’est toujours mieux que son véritable prénom !
Aurélie : *- Comment ? Alex est un pseudonyme ?
Odette : *- Qu’est-ce qui vous fait penser cela ?
Aurélie : *- Vous !... Pourtant j’ai lu toutes ses biographies et pas une ne signale un pseudonyme.
Odette : *- Il faudra vous y faire ! Ici on cause avec des images.
Aurélie : *- La terre du grand poète.
Odette : *- Comme recopient les journalistes !
Aurélie : *- Comme je suis heureuse d’être ici ! Je me demandais si c’était lui qui allait m’ouvrir. Comme j’aurais été intimidée !
Odette : *- Il doit y avoir des moustaches dans le bureau. Tu veux que je les mette ?
Aurélie : *- C’est une gasconnade ?
Odette : *- On est dans le show-biz ici, après cinq minutes on se tutoie, après sept on s’embrasse sur la bouche.

Aurélie se recule.

Odette : *- C’est une des célèbres phrases de notre poète local ! Les aphorismes du moustachu ! Il devrait être là, nous voguons à vue, nous sommes en totale improvisation. Et je n’aime pas ça ! (elle ressort de sa poche son portable et le rappelle). Toujours la messagerie. « Alex, la première lauréate est impatiente de te voir en chair et en os. Et plus si affinités » (elle pose son portable sur la table).
Aurélie : *- Encore une gasconnade !

On sonne.

Odette : *- Ne rêvez pas, je n’ai pas refermé à clé ! Quand il est en retard, avant de sonner, Alex tourne toujours la poignée pour entrer discrètement, avec son petit air d’enfant de choeur pris en faute avec le verre de vin blanc de monsieur le curé aux lèvres !
Aurélie : *- Ah !
Odette : *- Ma mère l’a vu enfant de choeur, c’était en... (se reprenant) Je vous parie que c’est Brigitte, 42 rue Pasteur, une de vos co-lauréates.
Aurélie : *- Vous êtes voyante ?
Odette : *- Les gasconnades de Châteauroux, c’est comme un Alex sans moustaches.

Odette va à la porte, ouvre.

Odette : *- Bonjour Brigitte.
Brigitte : *- Je suis en avance... Je serais venue à pied pour voir Alex...
Odette : *- Y’a pas de quoi !... Euh, je vous comprends.

Odette referme.

Aurélie : *- Je suis certaine que vous n’habitez pas Valenciennes !
Brigitte : *- Je pensais être la première en arrivant en avance...
Odette : *- Je fais les présentations, Aurélie, première arrivée.
Brigitte : *- Enchantée.
Aurélie : *- En chansons... Je m’entraîne... Il paraît que nous sommes au pays des gasconnades !
Odette : *- Et la gasconnadière en chef, Odette, chargée par le maître d’improviser quand la pendule ne tourne pas rond.
Brigitte : *- Et c’est le cas ?
Odette : *- La centrale nucléaire détraque nos pendules.
Aurélie, à Brigitte : *- C’est un message codé ; Odette, pourriez-vous traduire ? Nous n’avons pas grandi dans l’ombre du maître.
Odette : *- Je répète une dernière fois : *Alex devrait être là...
Aurélie : *- Et il est ailleurs !
Brigitte : *- Et personne ne sait où ?
Odette : *- Qui sait avec lui !
Brigitte : *- Oh ! La première guitare ! (elle s’approche du canapé)

On sonne !

Odette : *- Je n’ai pas refermé à clé !
Aurélie : *- Si ce n’est lui, c’est donc une autre.
Brigitte : *- Et pourquoi donc, ne serait-ce pas lui ?
Odette : *- Transmettez le savoir Aurélie, je suis postière, portière !
Aurélie : *- Parce qu’Alex appuie toujours sur la poignée avant de sonner depuis qu’il a été surpris par Odette à boire le vin de monsieur le curé, et Odette enferme les bouteilles à clé...
Odette : *- Mais tu mélanges tout !
Aurélie : *- Je crois que cette histoire me perturbe !
Brigitte : *- Je n’ai rien compris. Vous êtes surréaliste tendance André Breton ?
Aurélie : *- Je suis réaliste tendance Psychologies Magazine.

Odette ouvre : *un homme, très nerveux, avec un appareil photo en main, entre rapidement.

Le fan : *- Bonjour, bonjour, je suis venu pour les rencontres.
Odette : *- Vous n’avez pas été convoqué, monsieur.
Le fan : *- C’est bien aujourd’hui, c’est bien ici les lauréats du concours. J’ai participé.
Odette : *- Mais vous n’avez pas eu la chance de gagner !
Le fan : *- On m’a dit qu’il fallait venir aujourd’hui.
Odette : *- Qui est donc ce « on » ?
Le fan : *- C’est écrit dans le journal que c’est aujourd’hui.
Odette : *- Mais personne ne vous a demandé de venir.
Le fan : *- Oh la première guitare ! Oh comme elle est belle !
Odette : *- Ce n’est pas pour vous qu’elle est là, cher monsieur. Ma patience a des limites.

Les lauréates observent la scène en souriant.
Odette va chercher son portable sur la table. Il en profite pour avancer timidement en jetant des regards admiratifs.

Le fan : *- Je suis un vrai fan.
Odette, en se retournant : *- Je vous prie de quitter immédiatement cette salle privée.
Le fan : *- Je voudrais juste une photo, Alex et moi, soyez sympa, j’ai parié avec les copains. Et je voudrais serrer la main d’Alex, c’est mon rêve. J’ai fait trois cents kilomètres, soyez sympa.
Odette : *- Je compte donc jusqu’à trois. Et comme les gendarmes sont à côté, dans deux minutes, si vous êtes encore ici, ils vont vous placer vingt-quatre heures en observation, prévention, et même préventive ! Ce serait dommage, vous en conviendrez ?
Le fan : *- Je voudrais juste faire une photo avec Alex. Je n’ai pas de mauvaises intentions. Je suis un vrai fan.
Odette : *- Attendez dehors et vous le verrez arriver.
Le fan : *- Ne vous moquez pas de moi, je suis certain qu’ici c’est comme une zone militaire, vous avez au moins cinq entrées et sûrement même des souterrains.
Odette : *- Alex a laissé une photo dédicacée, je vais vous la chercher seulement si vous me promettez qu’ensuite je ne serai pas obligée de déranger la gendarmerie.
Le fan : *- Promis, promis, je dirai aux copains que mon appareil s’est bloqué. C’est une bonne idée, vous ne trouvez pas ?
Odette : *- Excellente ! (elle va au bureau, ouvre un tiroir, en sort une photo... pendant ce temps le fan en profite pour photographier la guitare) Tenez, monsieur.
Le fan : *- Oh merci, merci madame (il sort en la tenant dans les mains et en la fixant comme une image sainte).


Odette, refermant la porte à clé : *- Pauvre gars ! Il suffit d’un peu de tact et ça se passe toujours bien. Sauf une fois où les gendarmes ont vraiment dû se déplacer.

On sonne.

Odette : *- Ah non ! Il ne va pas être le deuxième, celui-là ! (elle écarte le rideau de la fenêtre et regarde dehors... Ouvre) Encore, déjà ! Mais vous êtes toutes en avance !

Entrent Delphine et Emilie...

Delphine : *- Nous y sommes enfin !
Odette : *- Mais oui, bonjour Delphine, bonjour Emilie...
Delphine : *- Bonjour...
Odette : *- Odette, Odette avec un O et quelques dettes... Rassurez-vous, j’ai une éponge qui les récure !... Les absorbe !

Toutes la regardent sans comprendre.

Odette : *- J’ai une relation qui les éponge, si vous ne comprenez pas les raccourcis. Delphine et Emilie qui arrivent avant Cécile, décidément tout part de travers.
Aurélie : *- Les chemins de travers.
Odette, en les montrant : *- Je vous présente Aurélie et Brigitte, faites comme chez vous, Alex devrait être là mais je ne sais pas où il est... Demandez des informations, racontez votre voyage, des blagues, montrez-vous les photos de vos enfants, vos vacances, vos amants, Odette est débordée, déboussolée, déprimée et Aurélie, au lieu de m’aider, mélange tout. Elle aurait dû s’appeler Zélie ! Je n’en peux plus ! (Odette prend dans une de ses poches une pilule, hésite) C’est un cas de force majeure, sinon je vais péter un plomb ! (elle l’avale) Ha ! Je me sens déjà mieux ! Cool ! Le show-biz a quand même de bons côtés !

Aurélie et Brigitte l’observent avec désapprobation, tandis que Delphine et Emilie posent leur sac dans un coin sans y prêter attention.

Delphine : *- Oh ! La première guitare...
Emilie : *- Je te donne ma place si elle est vraie !
Delphine : *- Ta place !
Emilie : *- On en reparlera demain !
Delphine : *- Tu vas finir par m’inquiéter...

Odette plane, pour Elle : *- Peace and Love ! Champagne !... Mais ça ne dure jamais, je sais, je suis lucide même dans mon aéroplane. J’en ai trop ingurgitées.

Delphine, en se retournant : *- Je vais tout vous raconter ! Quelle coïncidence ! Nous étions dans le même train ! Tout d’un coup, je me lève, j’étais trop nerveuse, il fallait que je me dégourdisse les jambes, et qu’est-ce que j’aperçois au poignet de cette ravissante personne ? Je vais vous le dire : *un bracelet en argent ! Et pas n’importe quel bracelet en argent, un bracelet en argent identique à celui cause d’une émotion digne d’un premier amour, quand je l’ai découvert dans la lettre.

Toutes soulèvent leur main gauche pour montrer leur bracelet et rient. Odette a le même et rit encore plus fort.

Brigitte : *- Moi, quand je l’ai vu, j’ai failli m’évanouir.
Aurélie : *- Au pays de la gasconnade, tu aurais dû t’exclamer « Il a fallu une heure aux pompiers pour me réanimer... » Oui, je te tutoie, car j’ai retenu la première leçon d’Odette « Après cinq minutes, on se tutoie... »
Odette, qui plane : *- Tutoyez-vous, aimez-vous les unes les autres. Et adoptez des enfants si le maître ne veut pas vous honorer.
Delphine : *- Donc on va toutes se tutoyer, puisque nous sommes dans le même bateau, que nous avons toutes eu l’heureuse surprise de recevoir une lettre... Heureuse surprise sauf Emilie ! Parce qu’elle était certaine d’être tirée au sort ! Une intuition ! Je croyais qu’elle bluffait tout à l’heure. Mais comme elle était certaine qu’Alex ne serait pas là pour nous accueillir... Tu m’as perturbée, Emilie !
Emilie : *- Moi ? La vérité ne doit jamais nous perturber ! Des forces nous dirigent et il faut parfois admettre notre modeste condition. Nous devons remplir notre mission.
Aurélie, pour elle, en se passant la main droite dans les cheveux : *- L’une plane, l’autre messianise, je devrais peut-être aller attendre Alex dehors.
Delphine : *- Je reprends mon histoire où je l’avais laissée : *nous avons engagé la conversation. J’étais toute excitée... Et dans le taxi, madame me balance : *« Nous avons le temps, de toute manière il arrivera en retard, quand même toi tu ne penseras plus à lui... » Ce qui m’a surprise, c’est de ne pas avoir été convoquées à la même heure...
Odette, qui plane toujours : *- Délicatesse d’Alex. A chacune un accueil personnalisé, arrivées programmées avec un intervalle régulier...
Brigitte : *- Personnalisé ?
Odette, moins planante : *- Mais en plus d’Alex, maintenant il manque Cécile ! L’ordre d’arrivée n’a pas été respecté, c’est la chienlit ! Général ! Réveille-toi, ils sont devenus fous !
Delphine : *- Et le programme ? Quel est le programme ? L’incertitude c’était bien avant, on pouvait tout imaginer. Mais maintenant que nous sommes arrivées...
Odette : *- Programme ! Le programme ! Mais Odette n’a qu’un rôle secondaire ! Je suis une simple salariée qui se mettra en grève un jour ! Tout reposait sur Alex et vous, ravissantes lauréates !
Brigitte : *- Il devait nous apprendre à écrire une chanson ?
Odette : *- Apprendre à écrire une chanson ! J’aurai tout entendu dans l’ombre d’Alex ! Si je la retiens, je l’écrirai celle-là ! Dans mes mémoires. Les mémoires d’Odette ! « Mémoires honnêtes mais pas nettes d’Odette. » Sous-titré « Alex étonnant ». J’ai déposé le titre à la Bibliothèque Nationale. Bref ! Il y a deux écoles : *dans la première, les artistes se réunissent, picolent et griffonnent leurs divagations, et selon l’autre école, les solitaires s’enferment dans leur chambrette et attendent l’inspiration... c’est-à-dire qu’ils picolent seuls !
Brigitte : *- J’ai essayé d’écrire des chansons... Mais on me répondait toujours que c’étaient des poèmes.
Delphine : *- Si j’ai bien suivi, la différence entre une chanson et un poème, c’est le degré d’alcool dans le sang durant l’écriture.
Brigitte : *- Tu crois qu’il m’aurait suffi de quelques verres de Malibu pour devenir auteur de chansons ?
Delphine : *- Il n’est peut-être pas trop tard !
Brigitte : *- J’ai apporté un petit poème, je ne sais pas si j’oserai le montrer. Mon rêve c’était qu’il le chante dans son prochain album... Mais à présent que je sais qu’une chanson et un poème ça n’a rien à voir...
Odette : *- Lâche-toi ma grande, qu’on te répondrait dans le métier... Lâchez prise ! Zen ma fille ! J’ai tout ce qu’il te faut à la cave ! Pour tous les prix, pour tous les stress... J’en ai même des caisses, des bonbonnes, des bonbons et même de l’écorce de platane, (en souriant) c’est terrible, c’était pas naturel, mon parachute s’est refermé.
Aurélie : *- Boire ou ne pas boire, telle est la chanson !
Brigitte : *- Non, pas des chansons à boire, de belles chansons romantiques comme Alex.

On sonne !

Odette, soudain totalement dégrisée : *- J’espère que c’est elle ! Que nous retrouvions un peu d’ordre !

Elle va ouvrir (sans regarder par la fenêtre).

Odette : *- Gwenaelle ! Déjà ! Et Françoise, qu’avez-vous fait de Françoise ? Et Cécile ?
Gwenaelle : *- Je suis en avance... Ça pose un problème ?
Odette : *- Mais non, mais non, entrez, Odette avec un O et des... Bon, je ne suis pas un perroquet, (en les montant) voici Aurélie, Brigitte, Delphine, Emilie.
Delphine : *- Et après cinq minutes, tutoiement autorisé, imposé ; cinq minutes d’apprentissage et bienvenue dans la grande famille. Je sens qu’on va s’amuser !
Gwenaelle : *- Oh ! La première guitare !...
Aurélie, s’effondre dans le canapé, pour elle : *- J’avais rêvé d’autre chose ! A la télé, c’est toujours tellement magique le show-biz ! Un orchestre avec cordes, un serveur aux gants blancs... Et ça n’a rien à voir avec mes rêves.
Gwenaelle : *- Moi qui pensais arriver la première en arrivant un quart d’heure en avance !
Delphine : *- Je vais vous expliquer, pour éviter à Odette d’avoir à se répéter : *notre arrivée fut programmée avec un intervalle régulier... Mais alors que nous sommes toutes en avance, Céline et Françoise ont raté leur tour.
Odette : *- Cécile et Françoise ! La mémoire des prénoms est essentielle dans le show-biz !
Brigitte : *- Peut-être seront-elles tout simplement à l’heure !
Odette, regardant sa montre : *- J’ai la désagréable mission de vous informer que pour Cécile cette perspective est déjà irréalisable.
Gwenaelle : *- Si j’ai bien compris, je devais arriver la dernière.
Delphine : *- De toute manière il était inutile de nous hâter ; Alex a disparu.
Gwenaelle : *- Comment disparu ? Kidnappé ? Enlevé ? On ne l’a pas annoncé à la radio.
Brigitte : *- Il est simplement injoignable.
Aurélie, en souriant, pour Elle : *- S’il était garagiste, on pourrait imaginer qu’il a été appelé pour une urgence.
Emilie : *- Ne vous inquiétez pas, il réapparaîtra quand vous ne penserez plus à lui (elle s’assied).
Brigitte : *- Bonne idée ! (elle s’assied aussi)
Delphine, s’asseyant aussi : *- Mais elle va me faire flipper, avec ses prédictions, ses intuitions ou je ne sais quoi ! Le pire, c’est quand ça se réalise. Elle m’avait dit : *« Ne te presse pas, ton chanteur préféré ne sera pas là. »
Brigitte : *- Vous trouvez pas qu’on n’y voit rien dans cette pièce ?
Odette, en détachant fortement chaque syllabe : *- In-ti-mis-te !
Delphine : *- Ça va Odette ?
Odette : *- J’imite le maîîîîîîîîîîître.
Brigitte : *- Oh la rime ! On se croirait chez Racine !

Le portable d’Odette sonne. Toutes, sauf Emilie, se relèvent.

Odette : *- Quand on parle du poète on entend sa... on entend sa ?
Brigitte : *- Sonnette !
Odette : *- Bien Bri... gette ! Il est le seul à connaître ce numéro, il m’a remis ce nouveau portable hier...

Delphine, à Emilie : *- Je crois que pour une fois tu t’es trompée...
Emilie : *- Ne sois pas aussi optimiste !
Odette : *- Je vous raconterai après...
Odette, en décrochant : *- Alex ! (...) Bonjour madame (...) Ce n’est pas grave j’espère (...) Mais je fais quoi ? (...) Et demain matin, avec les journalistes ? (...) Bien madame.

Odette range son portable. Toutes la fixent.

Odette : *- C’était sa vénérable et historique épouse. Alex ne pourra pas venir ce soir.

Un « oh » de déception générale. Sauf Emilie, souriante.

Odette : *- Il y a bien une version officielle. Mais bon, je ne vais pas vous embêter avec ça. Comme si quelqu’un va croire une version officielle de madame.
Aurélie : *- Les journalistes !
Odette : *- Tu as tout compris !... Tu n’aurais pas un pied dans le show-biz ?
Aurélie : *- Même pas un ongle.
Odette : *- Un oncle te serait plus utile qu’un ongle... Mais Alex sera là demain matin pour la photo souvenir et les télévions de caméras... les camés de tévisions... caméras de télévision.
Delphine : *- On pourra au moins lui parler ?
Odette : *- Rassurez-vous, il vous accordera l’intégralité du dimanche.
Aurélie : *- Il faut retarder notre départ ?
Brigitte : *- Mais moi je ne peux pas, mon train est à 10 heures 25. Quel drame !
Odette : *- Une bonne nouvelle : *j’ai l’autorisation de remonter de la cave sacrée quelques bouteilles de floc.
Delphine : *- Du floc ?
Odette : *- L’apéritif local. La renommée du sud-ouest. Personne ne connaît le floc ?
Gwenaelle : *- Mais si au fait ! J’en ai bu une fois en vacances... Mais il ne faut pas exagérer, sinon on se met vite à dire et faire n’importe quoi !
Odette : *- Floc et cacahouètes, ça promet les filles !

Rideau




Acte 2





Quelques bouteilles de floc vides sur la table. Les femmes assises. Lumière normale. Beuverie (sauf Emilie).
Régulièrement, jusqu’à la fin de la pièce, fuseront des exclamations, des paroles inaudibles (couvertes par la voix principale).

Odette : *- Quand Odette boit, Odette dit n’importe quoi ! Ça c’est la version officielle dans le plus charmant des villages du sud-ouest, comme ils bavent à la télé quand Alex est l’invité d’honneur.
Aurélie : *- Pas tant d’honneurs que ça si j’ai bien tout suivi.
Odette : *- Quand Odette boit, c’est comme si des portes à l’intérieur s’ouvraient. Je ne suis plus Odette secrétaire modèle (toutes rient). Moi, je suis Odette secrétaire modèle, et je condamne Odette cancanière.
Aurélie : *- Cancanière, j’y crois pas ! Tu ne nous as même pas expliqué comment un tirage au sort pouvait sélectionner sept femmes quand des millions de francophones ont envoyé leur plus belle photo et leur classement des plus belles chansons du siècle.
Odette : *- C’est même pas son idée à lui ! C’était avant, du temps où il avait une autre association, où il dirigeait « Woodstock du Sud-Ouest » ! C’est le coordinateur de cette grande usine à subventions qui lui a refilé l’idée. (Odette se tait et devient sombre)
Emilie, doucement : *- L’idée...
Odette : *- Parce que l’Alex en avait marre : *à chaque fois qu’une gamine lui ouvrait sa porte, il devait promettre qu’il la prendrait comme choriste, ou en première partie d’un concert. Je dis une gamine, parce qu’il les sélectionnait 18-25 ans, sur photo naturellement !
Aurélie : *- Forcément !
Odette : *- Jamais moins de 18 ans, c’était une règle écrite dans le platane.
Aurélie : *- Le marbre !
Odette : *- T’es pas du sud-ouest toi ! Ici, c’est le platane ou la pierre. Mais la pierre, ça casse la lame du couteau ! 18 ans, j’ai dit ! J’étais stricte là-dessus. Y’a bien eu une exception, mais c’est la chanteuse qui avait falsifié sa carte d’identité, dans ce cas-là, on assume.
Aurélie : *- Elle voulait simplement être chanteuse.
Odette : *- Quand on fraude, on assume ! S’il le faut, j’irai la tête haute en prison ! Bref... J’étais stricte là-dessus, 18 ans. Si l’état autorise 15 ans, pour moi, pas de problème, mais l’état a dit, donc Odette est stricte. La loi, c’est la loi. Je voulais pas retrouver l’Alex traité comme un vulgaire... Comme un vulgaire... En Asie, le « french singer » faisait ce qu’il voulait, Odette n’allait jamais en Asie. Décalage horaire, pas bon. Mais non, en France, je ne veux pas devenir complice. En Asie, si tu veux, mais pas ici, Odette a des principes, sinon Odette démissionne !...
Emilie, doucement : *- Qu’il la prendrait comme choriste...
Odette : *- Alors ça créait un tas d’embrouilles, parce que l’Alex, il a remplacé les choristes par des synthétiseurs.
Aurélie : *- Forcément !
Odette : *- Vous voulez savoir pourquoi ?
Aurélie : *- Forcément !
Odette : *- Personne ne devine ?
Delphine : *- C’est jamais en retard ?
Gwenaelle : *- C’est moins lourd !
Odette : *- Madame a dit, « ça coûte moins cher », alors monsieur a cédé. Madame en avait marre des ragots et madame est jalouse. Mais moi ça ne me gênait pas qu’on prenne toutes et tous la même chambre ! Pour une fois qu’on faisait des économies ! Elle est jamais contente ! Nous étions jeunes ! Et jeunesse a beaucoup de tendresses les soirs de concerts.
Delphine : *- Ça j’en suis certaine, ce n’est pas écrit dans sa biographie, n’est-ce pas Aurélie !
Aurélie : *- Forcément !
Odette : *- Et pour ses premières parties, en ce temps-là, il trouvait toujours des fils ou des filles à papa prêts à lui refiler de l’oseille pour avoir l’honneur d’être sur la même affiche. Madame tient les cordons de la bourse. La bourse du ménage et la bourse des voyages.
Aurélie : *- T’exagères ! Il a la main sur le coeur !
Odette : *- Mais le portefeuille est ailleurs.
Aurélie : *- T’exagères ! J’ai déjà entendu une chanteuse enthousiaste, elle jurait que faire la première partie d’Alex, c’est extra, il donne des super conseils.
Odette : *- Sûrement une qui avait ses raisons de parler ainsi !
Delphine : *- Mais j’ai rien compris à ton histoire. Tu devais nous expliquer pourquoi nous sommes là !
Odette : *- J’y viens, j’y viens, mais sans l’historique, tu vas rien piger ma vieille.
Delphine : *- Je pourrais être ta fille !
Odette : *- Sois pas désagréable !
Aurélie : *- Forcément !
Odette : *- Odette comprend tout ! Tout !
Emilie, doucement : *- Alex...
Odette : *- Oui, l’Alex était encore un chanteur à disques d’or en ce temps-là.
Gwenaelle : *- Il l’est encore ! J’ai lu dans...
Odette : *- Si vous m’interrompez à chaque fois, les portes vont se refermer.
Toutes : *- On t’écoute !
Odette : *- C’est Jef, (elle se signe) paix à son âme s’il en avait une, ce vieux roudoudou ! C’est lui qui lui a dit « Tu devrais sélectionner des fans plutôt que des chanteuses. » (elle sourit)
Delphine : *- Alors ? On voudrait rire aussi !
Odette : *- Les fans sont encore plus connes que les chanteuses.
Brigitte : *- Ça ne nous fait pas rire.
Odette : *- Qu’il a répondu Alex.
Aurélie : *- Le con !
Odette : *- C’est notre Alex adoré, qui a répondu « les fans sont encore plus connes que les chanteuses. » Je vous rassure, il me considère moins secrétaire que fan.
Aurélie : *-Tu ne lui as jamais mis trois claques ?
Odette : *- Il les a eues... (Odette devient sombre) Mais rien, là vous ne saurez rien, vous ne saurez rien de ma vie privée. C’est entre lui et moi, cette histoire, c’est ma vie privée (proche de pleurer, silence). Sa première guitare, vous pouvez regarder le mur, vous ne la verrez pas !... Je lui ai fracassée sur la tête. Celle-là, c’est même pas la deuxième. La deuxième, c’est sa femme qui s’en est chargée. Tête à guitares qu’on l’a appelé pendant des mois ! Il l’avait bien mérité.
Aurélie : *- Le con !
Odette, se reprenant : *- Mais c’était y’a si longtemps ! Ha ! Y’a contraception (troublée), conscription, prescription. Il lui reste une cicatrice sur la tête. J’ai frappé plus fort que sa femme. Il n’avait pas encore de moumoute !
Aurélie : *- Quoi, Alex est chauve ! Il a une perruque !
Odette : *- Les portes vont se refermer !
Emilie : *- Alex a dit...
Odette : *- Et l’année dernière, à l’enterrement de Jef, il m’a bredouillé. Il avait la larme à l’oeil... Je suis certaine qu’il avait coupé des oignons avant ! C’est bien son style !
Aurélie : *- Forcément !
Gwenaelle : *- Mais non pas forcément !
Odette : *- Alors il m’a bredouillé : *« c’est con, tu vois, j’ai pas eu le temps, j’ai pas eu le temps de lui dire que son idée de sélectionner des fans plutôt que de la chair à sacem, son idée, à lui, à lui qui ne sera plus là pour me couvrir devant ma femme, son idée géniale, j’en ai touché trois mots au président du Conseil Régional, et il nous subventionne, forcément ! Tu te rends compte, il saura jamais que son idée, le monde entier va la connaître... »
Aurélie : *- Mais c’était pas le règlement, sélectionner des femmes ! Les hommes pouvaient participer.
Delphine : *- Y’a même eu un tirage au sort devant les caméras.
Odette : *- Si vous croyez les règlements et les films, vous êtes mal parties les filles.
Delphine : *- Magouilles ici comme partout.
Aurélie : *- Forcément ! Si je vous racontais comment ça se passe dans mon groupe !
Odette : *- C’est moi qui tenais le caméscope ! Et c’est sa fille qui a fait le montage, les coupures et tout, elle fait des études de cinéma, sa fille aînée, dans l’école la plus chère du pays forcément ! Et la télévision a été bien contente de pouvoir passer un reportage sans devoir se déplacer ! Et même gratuitement ! Enfin, quel beau voyage je vais faire en Martinique le mois prochain !
Gwenaelle : *- Tu m’emmènes ?
Odette : *- J’ai trois places... Tu me donnes combien ?
Gwenaelle : *- Tu as des places gratuites et tu les revends !
Odette : *- Forcément ! N’est-ce pas Aurélie, tout le monde se débrouille, forcément !
Aurélie : *- Y’a eu de la magouille !?
Odette : *- J’ai fait le premier tri : *les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Les hommes au fond, les femmes au-dessus. Après il a fallu que je revoie toutes vos photos pour ne retenir que des « magnifiques femmes dont le prénom commence par les sept premières lettres de l’alphabet, A, B, C, D, E, F, G. »
Aurélie : *- A comme Aurélie !
Brigitte : *- B comme Brigitte !
Delphine : *- Et pourquoi ?
Odette : *- A cause de sa mémoire !
Aurélie : *- Alors c’est vrai, quand il chante, il utilise un prompteur ?
Odette : *- Comment tu sais ça, toi ?
Aurélie : *- Tu me l’as dit tout à l’heure.
Odette : *- Pas possible ! Quand Odette est saoule, elle se souvient de tout ce qu’elle dit. Et elle s’en souvient même après, alors elle s’enferme pendant quinze jours pour ne pas voir les catastrophes.
Aurélie : *- Quand tu étais à jeun, quand je suis arrivée.
Odette : *- Je ne suis pas responsable des propos d’Odette à jeun. Même pas coupable.
Gwenaelle : *- Alors nous avons été choisies pour notre prénom et notre physique !
Odette : *- Tu as tout compris ma belle !
Brigitte : *- C’est plutôt un beau compliment.
Delphine : *- Dire que ma mère a hésité entre Delphine et Rosalie !
Gwenaelle : *- Oh ! Si mon mari savait ça ! Lui qui a aussi envoyé une photo retouchée par Photoshop et noté uniquement des chansons d’Alex dans son classement des plus belles chansons du siècle ! J’avais même corrigé ses fautes !
Aurélie : *- Attends, attends, je commence à comprendre...
Brigitte : *- Tu comprends quoi ?
Aurélie : *- Nous étions convoquées à vingt minutes d’intervalle !
Odette : *- Cinq minutes de présentation et le reste, déshabillage et rhabillage compris, le reste tient en un quart d’heure. Chrono en main, on a répété !
Toutes : *- Oh !
Odette : *- Après, ouste dans la salle de répétition, au piano si tu veux, la pièce est insonorisée, place à la suivante ! Comme au service militaire !
Brigitte : *- Le vieux roudoudou !
Odette : *- Je vous rassure, il avait prévu sa boîte de Viagra !
Toutes : *- Oh !

On sonne !

Odette : *- Quand on parle du loup on entend... (elle se lève, titube, va ouvrir)
Odette : *- Cécile, Sainte Cécile du samedi soir sur le floc, Cécile que nous attendions toutes, Cécile, responsable du premier désordre. On s’embrasse !

Cécile se laisse faire, observe, intriguée.

Odette : *- Mais entre, mais entre, tu es des nôtres !
Cécile : *- Je suis lauréate...
Delphine : *- Mais nous aussi, et en plus nous avons vidé quelques bouteilles de floc, et il t’en reste ! Les frais généraux sont généreux.
Aurélie : *- Mais ça dégénère.
Delphine, en riant : *- Mais la nuit même les cellules grises se régénèrent !
Emilie : *- Alex a fait faux bond !
Odette, jouant la grande dame : *- Mais que t’est-il donc arrivé, chère amie ?
Cécile : *- Une crevaison.
Odette : *- Et ça t’a mise autant en retard !
Cécile : *- J’ai appelé les renseignements mais les garagistes du coin étaient tous sur répondeur. Durant des heures, les seuls types qui se sont arrêtés, me proposaient d’appeler une remorqueuse et de m’héberger la nuit.
Odette : *- Quand on veut conduire une voiture, il faut faire la formation « changement de roue ». Alex me paye toujours le taxi, sur ça, y’a rien à lui reprocher.
Cécile : *- Et c’est un camionneur qui me l’a changée, sans même la moindre avance. J’avais des préjugés défavorables sur les camionneurs, j’avais tort. Je lui ai promis de lui envoyer une photo dédicacée d’Alex...
Delphine : *- C’est pas clair ton histoire, ça n’arrive plus, crever une roue, c’était au Moyen Age !
Aurélie : *- Y’avait pas de voitures, au Moyen Age, ma vieille.
Cécile : *- Je suis une victime de manifestations estudiantines. Hier ils ont balancé des bouteilles sur les CRSS.
Aurélie : *- Alors il faut qu’on trinque !
Delphine : *- Vides, j’espère. Ils ne seraient quand même pas fous... Enfin, ils sont tellement riches les manifestants d’aujourd’hui, qu’un jour ils balanceront des bouteilles de Dom Pérignon. Juste pour narguer les journalistes stagiaires ! Et montrer qu’en France, non seulement on a les moyens de manifester, mais en plus une certaine élégance.
Aurélie : *- C’est bizarre, j’avais eu la même idée quand les chanteurs ont manifesté contre le téléchargement gratuit de la musique sur internet.
Brigitte : *- Je me souviens. Mais j’ai oublié son nom, à ce chanteur qui tendait son joint aux CRSS. Il paraît que cette photo, ça lui a rapporté un max de blé, ça a fait redécoller ses ventes, encore plus que Gainsbourg quand il avait brûlé un gros billet à la télé.
Delphine : *- C’est qui Gainsbourg ?
Odette : *- Alex aussi a réussi un super bon plan média : *avec Jef, nous avions organisé une super manif. Forcément spontanée ! On avait déplacé une de nos célèbres rencontres. Ils nous en avaient voulu les manifestants de Paris, quand le 20 heures avait ouvert par un duplex avec le merveilleux petit village du sud-ouest « où il y a ce soir plus de manifestants que d’habitants habituellement. »
Delphine : *- Mais pourquoi ont-elles cessé, ces rencontres ? Je me souviens, j’avais vu un reportage à la télé.
Aurélie : *- C’est écrit dans sa dernière biographie : *« le monde de la chanson regrette que ce haut lieu de la formation, de la création ait dû fermer, à cause de campagnes de presse scandaleuses, inacceptables. »
Odette : *- On nous a reproché nos subventions ! Trop d’argent dilapidé ! Pourtant, qu’est-ce qu’on se prenait comme bon temps avec Jef, on s’en est payé de super vacances sur le dos des subventions !
Aurélie : *- C’était donc, magouilles !
Odette : *- Retire ce mot, sinon je range le floc ! Le monde de la chanson a ses traditions. Et la Cour des Comptes ferait mieux...
Aurélie : *- Je n’ai rien dit !
Cécile : *- Je peux poser une question ?
Delphine : *- Je te répondrai si Odette nous a déjà confié le secret.
Cécile : *- Ça se passe comment, ces vingt-quatre heures ?
Delphine : *- Du floc, du floc et encore du floc ! Une chambre personnelle dont le numéro correspond à l’ordre alphabétique A1, B2, C3, donc Cécile 3, et demain Alex pour les photos, les télés. Et comme ça fait cinq minutes, tu peux poser ton sac, nous tutoyer, et venir trinquer...

Cécile s’avance, encore timide.

Emilie : *- Ne t’inquiète pas, tu n’es pas obligée de boire ! Observer peut être très instructif !
Aurélie : *- Pourquoi elle ne rattraperait pas son retard ?
Cécile : *- Il est vrai que j’ai un petit creux. Avec toutes ces aventures, je n’ai pas même pris le temps de m’arrêter au restaurant, j’ai foncé.
Delphine : *- Des cacahouètes bien salées vont te donner soif !
Cécile : *- Je meurs de soif ! (elle pose son sac et s’assied)
Odette : *- Pauvre Alex ! Vous pourriez quand même respecter sa mémoire, arrêter de picoler cinq minutes !
Delphine : *- Il est pas mort, ton champion, juste cloîtré !
Odette : *- Cloîtré, tu as trouvé le mot juste, ma belle. Elle est tellement jalouse sa femme ! Et elle a tout deviné.
Gwenaelle : *- La pauvre !
Odette : *- Y’avait pas besoin d’être une lumière pour comprendre. Elle est passée la semaine dernière, elle a feuilleté le dossier. Je l’avais pourtant caché. Et elle n’a pas pu se retenir de remarquer « bizarre, quand même, sept femmes, et en plus mignonnes. »
Aurélie : *- Elle a pourtant les moyens de se payer un peu de chirurgie esthétique !
Odette : *- Au village, on la surnomme « la Jacksonnette », tellement elle est siliconée.
Aurélie : *- C’est pourtant pas écrit dans les biographies.
Emilie : *- Mais tu crois vraiment aux biographies !
Aurélie : *- Tu ferais mieux de boire !
Odette : *- Pauvre Alex ! Il doit fixer sa vallée illuminée de lampes solaires. Tout ça parce que sa Jacinthe a réussi à le persuader que briser son image de dernier romantique serait catastrophique. L’homme qui n’a aimé qu’une femme ! Et il chante les fleurs ! Jure sur le coeur qu’elle lui inspire toutes ses chansons. Comme c’est triste, une idole non maquillée !
Cécile : *- Oh ! La première guitare du maître !
Delphine : *- C’est pas sa première guitare. Sa première, Odette lui a fracassé sur la tête. Et elle a eu bien raison. S’il était là devant moi, il s’en prendrait une troisième.
Odette : *- Delph, je t’interdis de colporter de tels ragots, c’est sa première guitare, point à la ligne.

Rideau



Acte 3





Suite beuverie. On sonne.

Odette : *- Mon Dieu ! Qui cela peut-il bien être !
Emilie : *- Il en manque une, c’est donc elle !
Odette compte : *- 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 (elle se compte en septième). Sept, le compte est bon.
Aurélie : *- Sept moins un ?
Odette : *- Six, à quoi tu joues ?
Aurélie : *- Tu n’as pas gagné, tu es l’hôtesse ! Avec un O comme O...
Delphine : *- Tocard !
Odette : *- Tocard ?
Delphine : *- Autocar, l’autocar est arrivé sans se presser. Un autocar à roulettes. Et s’il n’en reste qu’une ce sera la dernière, et la septième va décoller les étiquettes.
Odette : *- Qui va là ?
Alex : *- C’est moi. (voix douloureuse)
Brigitte : *- Un homme !
Gwenaelle : *- Les flics ! Cachez les bouteilles !
Cécile : *- J’aurais pas dû rattraper mon retard.

Odette : *- Qui ça moi ?
Alex : *- Odette ! C’est Alex.
Odette, se lève, se précipite, ouvre difficilement (la porte est fermée à clé) : *- Oh ! (elle recule)

Alex entre. Sans maquillage. En tenue de chasse, de la boue au genou droit. La lèvre ouverte.

Alex : *- Je me suis enfui.
Toutes : *- Oh !
Alex, à Odette : *- Comme quand tu avais 17 ans, ma bonne vieille ! Je suis passé par la grande branche du platane !
Odette : *- Mon Tarzan ! Mais tu n’as plus 40 ans, mon pauvre vieux !
Alex : *- Odette, voyons, que vont dire ces dames ?
Odette : *- J’ai vu l’idole nue !
Alex : *- Mais vous êtes saoule, Odette !
Odette : *- C’est ta femme qui nous a dit de boire !
Alex : *- Elle ferait mieux de boire, celle-là !
Delphine : *- Je ne savais pas qu’il avait un frère, Alex. Il ne lui ressemble pas vraiment.
Aurélie : *- J’ai lu toutes ses biographies, c’est écrit nulle part. Enfin, c’est pas écrit non plus que c’est pas son vrai nom. Et que sa femme est siliconée.
Alex, à Odette : *- Mais elles sont saoules aussi ! Et tu as encore laissé échapper des secrets !
Odette : *- Si tu me cherches, tu vas me trouver ! Tu aurais au moins pu téléphoner !
Alex : *- Odette ! Je suis le patron ! Je te raconterai en tête à tête. (Odette le fixe très amoureusement)
Odette : *-Tu veux qu’on aille à côté ?
Alex : *- J’ai des invitées, Odette !
Odette : *- De toute manière, elles ne se souviendront plus de rien demain !
Emilie : *- Faux. Je vois tout sans le moindre nuage... Et ce n’est pas beau à voir !
Alex : *- Mesdames, je suis désolé. Ma tenue n’est pas recherchée. Mais c’était la seule.
Odette : *- C’était ça ou arriver nu comme un ver !
Alex : *- Je tenais tant à vous rencontrer dès ce soir. (il porte la main droite à sa bouche ; signes de douleur) Comme vous le constatez, nous ne pourrons pas nous embrasser.
Odette : *- Alex embrasse à la Russe !
Aurélie : *- On peut quand même trinquer ! (elle lève son verre)
Brigitte : *- Il est des nô-ô-tres, il a bu son verre comme ses fa-a-ne-e-es.
Alex : *- Je crois qu’il est détestable, préférable que je reste sobre. N’oubliez pas que je dois rentrer avant le chant du coq. Je dois repasser par un platane.
Brigitte : *- Oh ! Il parle en rimes. Oh maître, apprends-moi à écrire une chanson.
Delphine : *- Faut pas le croire. C’est pas le véritable Alex de la télé. C’est peut-être même pas son frère. On s’est fait manipuler. J’appelle mon mari, qu’il vienne nous délivrer, il est gendarme. (elle prend son portable) Oh zut, j’avais oublié que j’ai divorcé ! J’ai quand même pas fait des études pour devenir femme de gendarme ! Pour une fois qu’il aurait pu servir !
Brigitte : *- Le poète sur un platane, comme c’est beau !
Aurélie : *- Maître Alex sur un arbre perché, tenait en son bec une bouteille de floc... (elle éclate de rire)
Alex : *- Je n’aurais pas dû forcer le destin...
Odette : *- Quelqu’un m’a dit que c’est toujours mieux en imagination...
Alex : *- C’est une bonne idée de chanson, non, « Quelqu’un m’a dit... »
Odette : *- Ça déjà été chanté.
Alex : *- J’ai chanté ça, moi ? En quelle année ?
Odette : *- Mais non, pas toi, une grande brune.
Alex : *- Alors c’est une rémidistance (sic). Mais j’aurais dû rester devant ma magnifique lampe solaire
Odette : *- Et sa si réaliste forme de lune.
Alex : *- Comme un poète.
Brigitte : *- Comme c’est beau !
Emilie : *- Mais non, Alex. Quelqu’un vous attendait vraiment. Est-ce un soir de pleine lune ?
Alex : *- Depuis que j’ai ma lune solaire, je fais plus attention.
Emilie : *- Je vais aller vérifier. (elle se lève, sort par la porte du fond)
Odette : *- Elle nous a bien bluffées, celle-là ! Mon oeil qu’elle boit jamais. Elle avait son plan !
Delphine : *- La conne ! Elle va se faire avoir, c’est qu’un sosie de série B. Même pas un imitateur de série C.
Aurélie : *- Nous saouler pour garder Alex !
Odette : *- Il fut un temps où tu démarrais au quart de clin d’oeil, tu comprenais plus vite. (très grave, le regard de plus en plus vague) Je ne peux plus rivaliser avec une femme de cet âge ! Je ne t’en voudrai pas. C’est la vie. J’ai connu ça, j’ai moi aussi eu vingt ans. Mais qu’ils sont loin mes dix-sept ans...
Alex : *- Odette !... Je vais vérifier... Euh... Si la chaudière est encore là... Euh... Bien branchée (il sort par la même porte).
Delphine : *- Elle aurait mieux fait de boire, au moins elle aurait vu que c’est pas le véritable Alex.
Aurélie : *- Alex de Gasconnie !
Delphine : *- Même avant de divorcer, j’aurais jamais osé être aussi directe !
Odette : *- On ne peut pas lui donner tort, ni lui en vouloir. Elle n’a même pas eu un geste obscène en public. Dans le show-biz, on fait les présentations quand on se sépare !
Aurélie : *- Alors c’est vrai, c’est un milieu guère fréquentable ?
Odette : *- On y vieillit vite : *regarde-moi, j’avais 18 ans, et je les ai plus.
Delphine : *- Je te rassure, ça arrive aussi chez les comptables !
Odette : *- Peut-être, mais elles ne s’en aperçoivent pas !
Aurélie, à Brigitte : *- Faut pas essayer de comprendre, Odette est gasconne.
Brigitte : *- Franchement, ça fait au moins trois jours que j’ai arrêté d’essayer de comprendre ce qui se passe ici !
Aurélie : *- Tu étais où y’a trois jours ?
Gwenaelle : *- Moi, parfois, j’ai bien l’impression qu’une journée tient en trois secondes. Le contraire peut donc arriver aussi.
Cécile : *- Il fut une époque où on mettait le temps en bouteilles et parfois il en sortait un ogre, parfois il en sortait...

On sonne. Un bond général.

Gwenaelle : *- Là c’est les flics ! Où j’ai mis ma bombe lacrymogène ? (elle fouille dans ses poches)
Odette : *- Silence les filles, quand le chasseur arrive, les biches se cachent.
Delphine, plus bas : *- Tu es allée voir Bambi au cinéma ?
Cécile : *- Et on fait quoi ?
Odette : *- Rassurez-vous, j’ai refermé à clé.

Nouvelle sonnerie.

Voix féminine du dehors (uniquement les derniers mots compréhensibles) : *- ...Ouvrez-moi !
Odette : *- Sa femme ! C’est la fin du monde ! (elle se signe, vide le fond de son verre)
Delphine : *- Entre femmes, on saura se comprendre.
Cécile : *- Après tout, nous n’y sommes pour rien. Leurs histoires de couple ne regardent que les journaux.
Odette, se lamente : *- Virée, virée sans indemnités ! Je l’avais bien pressenti, et sur qui ça va retomber, sur bibi... Elle me paiera mes indemnités, sinon j’en ai à raconter !

La voix du dehors : *- (quelques mots incompréhensibles, puis) C’est Françoise, je suis en retard.
Odette : *- Françoise, Françoise ? Je ne connais pas de Françoise.
Delphine : *- Elle veut nous embrouiller, c’est une ruse de pêcheur, de chasseur.
Gwenaelle : *- Y’a des femmes dans la police.
Aurélie : *- Six ! F 6 !
Brigitte : *- Touché ? Coulé ? Mais où est le plan de la bataille navale ?
Delphine : *- Les avions, c’est des F16, je le sais, mon cousin...
Aurélie : *- A 1 Aurélie, F 6 Françoise !
Odette, euphorique : *- Ah Françoise ! Je vous le disais bien que c’était pas sa femme !

Françoise : *- Je suis la lauréate du concours.
Odette : *- Je sais, je sais ! Mais j’ai quand même le temps de me lever ! Je suis en heures sups ! Je vais lui demander une prime de risque à l’Alex.

Odette se lève, titube jusqu’à la porte et ouvre finalement.
Alex rentre au même moment.

Alex : *- La conne ! La conne !
Françoise : *- Oh excusez-moi monsieur, je suis en retard !
Alex, se tourne vers elle : *- Encore une nouvelle ! A jeun en plus ! Ah non, plus de femme à jeun ce soir !
Odette, à Françoise, en refermant : *- T’inquiète pas, c’est qu’un épisode des aventures d’Alex sous la lune.
Odette, à Alex : *- Elle t’a fait un truc que tu connaissais pas et t’as pas résisté !
Alex : *- Je connais tous les trucs !
Odette : *- Mais tu oublies vite !
Alex : *- Tu as écouté ?
Odette : *- Ça se passe toujours comme ça ! Tu te souviens plus de Nadège ?
Alex : *- Odette, tu devrais être couchée à cette heure-ci !
Odette : *- T’inquiète pas, tu vas me les payer mes heures sups !
Delphine : *- En floc !
Odette : *- T’inquiète pas, c’est pas le genre à aller tout déballer dans les journaux ni à demander d’être choriste !
Alex : *- Elle aurait mieux fait de boire !
Delphine : *- Tu as vu, il dit comme moi, celui qui se fait passer pour Alex. Faut le dire à la nouvelle ! Hé ! La nouvelle !
Françoise, timide : *- Je suppose que c’est moi que vous appelez !
Delphine : *- Et j’attendrai pas cinq minutes : *te laisse pas avoir, c’est même pas un vrai sosie !
Odette : *- Mais entre Françoise... Tu arrives au bon moment. Alex est descendu du platane et il vient de vérifier la chaudière. La nuit sera chaude !
Delphine : *- Te fatigue pas, Odette, même si on raconte notre soirée, personne n’y croira.

Gwenaelle, à Brigitte : *- En tout cas, si elle fait un procès, qu’elle compte pas sur moi pour témoigner.
Brigitte : *- Pourquoi un procès ?
Gwenaelle : *- C’est clair ! Se faire faire un enfant par une star, c’est un bon plan.
Brigitte : *- Tu crois ?

Aurélie : *- Allez la nouvelle, prends le chasseur en passant et viens trinquer.
Alex : *- Bon, je vais rentrer.
Cécile : *- Alex, c’est pas possible, il me faut une photo dédicacée pour mon camionneur.
Alex, à Odette : *- Tu donneras un carton de photos dédicacées à madame.
Cécile : *- Ah non ! Il m’a changé une roue, il a bien mérité une petite dédicace, un truc du genre : *« à Francis, en remerciement de ma roue. »
Alex : *- Qu’est-ce que c’est encore de cette histoire ? Je reviens demain matin. Il faut que je rentre à la maison.
Aurélie : *- Chanteur rentrer maison !
Delphine : *- C’est pas un chanteur, je te dis. Je suis certaine qu’il a un dentier. Regarde bien ses dents, c’est pas des vraies dents.
Brigitte : *- Ah non ! Il faut que tu m’apprennes à écrire une chanson ! J’ai bu, maintenant je peux devenir auteur.
Alex, en se touchant le front : *- Il est pas écrit président de la sacem !
Aurélie : *- En France, tout se termine par une chanson.
Alex : *- Oh moi, sans ma guitare !
Cécile : *- Et si on chantait tous ensemble.
Delphine : *- A caperala (sic).
Cécile : *- Capélala... (sic) Ah zut, ta-pé-la (sic).
Brigitte : *- Comme si nous étions vos choristes.
Aurélie : *- Mon portable fait enregistreur. Chouette ! Quel beau souvenir !
Alex : *- Ni enregistreur ni appareil photo. Personne ne doit savoir que j’étais là ce soir. Le sort du monde en dépend !
Aurélie, pose son appareil photo : *- Dommage ! Mais si c’est la loi !

Ils entonnent, le plus mal possible, « Qu’une fois »... Tandis qu’Alex est tourné, Aurélie reprend discrètement son portable et filme quelques secondes avant de le ranger, l’air malicieuse, dans une poche en souriant ; Brigitte lui glisse un mot à l’oreille et le rideau se baisse.

On parle de l'Amour
Qui ne serait plus
Qu'une vulgaire chasse à courre
Un jeu pratiqué nu
On joue à l'amour

On dit grand amour
Quand on a trop bu
Ou qu'on reste plus d'huit jours
En étant convaincu
Que c'est pour toujours

Mais les rues sont pleines
De gens qui comme moi
N'ont dit qu'une fois
« Tu sais, je t'aime »

Rideau - FIN



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